La formation précaire du chien d’intervention

Alors que la FPACS alerte régulièrement les pouvoirs publics sur la nécessité de réglementer la formation et l’entraînement des agents cynophiles de sécurité, nous pensons à juste titre qu’il devient urgent d’y remédier.

Ainsi, Alain, référent de la FPACS nous fait parvenir une vidéo démontrant le dressage qu’à subit un Malinois, le conditionnant dangereusement sur une technique qui n’a rien d’opérationnelle et qui s’avérerait même être dangereuse pour le binôme en cas d’intervention.

 

Pour le néophyte qui ne comprendrait pas la séquence, on peut voir que le chien a été conditionné à frapper au niveau de la tête, l’homme assistant (plastron) utilisant un casque afin de se protéger des percussions du chien. On voit cette technique chez de nos nombreux dresseurs, pour la plupart dépendant de la Société Centrale Canine et entraînant des chiens de sports canins, en usant de protections appropriées. Or, ce type de dresseur fait difficilement la différence entre l’entraînement et l’intervention VP (voie Publique), et surtout, ce type de dressage n’est pas de leur ressort puisque selon les lois en vigueurs, ils ne peuvent dresser uniquement que des chiens de concours de travail.

D’abord, nous voyons que le chien conditionné à la tête est également conditionné sur le casque, sans ce dernier sur la tête, le chien ne frappe plus que le casque. Or sur la voie publique, le chien ne retrouvant pas le même casque auquel il a été conditionné sera décontenancé et n’attaquera pas pour défendre le binôme. L’intervention sera un échec lourd de conséquences parfois.

Enfin, cette utilisation du casque pour fixer le chien à des frappes de tête est, par ailleurs, dangereuse sur la voie publique, car le chien qui monte pour frapper au visage peut causer des lésions plus graves que sur n’importe quelle autre partie du corps, comme le nez ou la mâchoire cassée, et pouvant engendrer une ITT de plus de huit jours. L’agent devra ainsi justifier de la non-proportionnalité de la riposte devant le tribunal correctionnel, et sera très certainement sanctionné, car l’utilisation du chien en muselée n’est requise qu’en cas d’agression à main nues ou avec matraque/bâton, sans toutefois porter atteinte à l’intégrité physique. Mais vraisemblablement, on retrouve ce type de frappe chez beaucoup « d’apprenti-dresseurs » du chien d’intervention VP qui ne se rendent pas compte des séquelles que peuvent engendrer ce type d’entraînement.

Le conditionnement et les mauvaises techniques enseignées peuvent être lourds de conséquences, et le seul à devoir répondre de ses actes sera l’agent cynophile, pas le dresseur qui aura mal formé son chien d’intervention.

2 Commentaires à La formation précaire du chien d’intervention

  1. Academy Cynophile Securite dit :

    Bravo pour l’article !

  2. DENIS Yvon dit :

    Bonjour, je partage tout à fait cette article.
    J’ai moi même été membre de jury pour ces formations.
    Deux situations m’ont contraint d’arrêter ou plutôt de ne plus être invité à être au jury, puisque la dernière fois j’ai refusé 11 couples maitre et chien sur 14.
    Ma première remarque se porte sur les chiens présentés, formés en trois mois et qui passent cet examen à 16 mois avec des frappes muselées comme décrits dans votre article.Vous imaginez les conséquence sur ces pauvres bêtes.
    La deuxième observation c’est la composition du jury, elle devrait être proposée par les préfectures par des personnes ayant références dans le domaine.
    Enfin j’aurais encore beaucoup à dire à ce sujet.
    Pour info, je ne suis qu’un président de club plusieurs fois finalistes en mondioring et qui à durant plusieurs années préparé des chiens pour le gardiennage et ayant également travaillé dans en temps qu’agent cynophile il y a très longtemps.
    Ce n’est pas en montrant et en apprenant ce type d’exercice que cette profession sera valorisé.

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